Définition: imbécile, adj. du latin imbecillus : faible d’esprit, sans force, sans consistance, pusillanime, lâche.

Des bien pensants, en effet, qui ont tous en commun d’être des imbéciles complets, (voir définition), des exemplaires de parade, des mètres étalons de la censure soft, des dangereux graves.

Première histoire, celle de l’affiche d’une exposition sur Jacques Tati, avec son petit chapeau, son petit vélo, son air ahuri et… sa pipe. Un imbécile de la RATP fait passer cette affiche au Photoshop, et on pose sur la pipe un ridicule moulinet jaune du type de ceux que l’on offre à ses enfants à la fête foraine. Justification: la pipe du père Tati n’est rien d’autre qu’une apologie du tabac, formellement interdite par la loi Evin. Ce qui est scandaleux, c’est qu’un imbécile (revoir définition en haut de page) ait pu décider de cela, et que d’autres imbéciles ont appliqué cet oukase. Personne pour mettre deux gifles au perpétrant, pour le réveiller de son cauchemar, ou appeler le SAMU pour cause de surmenage grave. Personne pour lui dire “arrête de nous emmerder, t’es ridicule”. Personne je vous dis, personne.

Moyennant quoi cette horreur de moulinet jaune pollue les couloirs de la RATP. Même Claude Evin, qui pour être l’auteur de la loi, et en connaître parfaitement l’esprit et la lettre, a été obligé de dire qu’on nageait dans la ridiculerie la plus glauque, qu’il n’y avait d’apologie de rien du tout et qu’on avait juste mutilé une Å“uvre d’art. Rassurez vous, le penseur obsidional du service juridique de la RATP va avoir son augmentation, sa part variable. Aucune sanction pour la débilité la plus profonde, félicitations du jury, peut-être même. Voila, maintenant il va falloir refaire Casablanca sans cigarettes, ou interdire tous les films ou apparaît un clopion, même mégotique, à en croire le service juridique de la RATP, entreprise citoyenne s’il en est jusqu’aux limites ultimes de la stupidité la plus bornée…

Deuxième histoire . L’humoriste Gérard Dahan veut vendre le DVD d’un spectacle qui s’appelle Sarkoland. Sur la jaquette une caricature de Sarko. Que dire ? Faire un spectacle sur Sarkozy dénote d’un manque d’imagination total par les temps qui courent. C’est chevaucher l’air du temps pour faire l’intéressant, exactement comme les niouzes magazines qui font des couvertures sur Sarko toutes les semaines. Jusqu’à la saturation, jusqu’à l’indigestion. Rien à dire, cependant, Dahan fait les spectacles qu’il veut, et décore ses DVD comme il veut. Erreur, Lefuneste, erreur… Car voilà-t-y pas qu’un supervertueux qui est directeur de l’ex-BVP, aujourd’hui appelé Autorité de régulation professionnelle de la publicité, ce qui fait nettement plus ronflant, s’en mêle. Je le condamne à l’anonymat, cet imbécile (voir définition en haut de page, je vous dis…). S’en mêle pour interdire à France 2 de diffuser une pub pour la vente de cette cassette, parce que dessus il y a la fameuse caricature. Je n’ose pas croire que l’Elysée soit intervenu, ou encore le clinquant pdg de Francetélévisions, qui aurait voulu s’épargner des gros yeux élyséens. Je n’ose pas le croire. Donc le directeur de cette officine, en général peu regardante sur le contenu des pubs, dit qu’il demande l’interdiction au nom d’un décret de 1992 qui… interdit de “heurter les convictions philosophiques, politiques et religieuses” du public. Vous noterez que l’interdicteur embouche les trompettes de la solennité pour justifier ce qui n’est que de la censure de petit marquis qui ne veut pas d’ennui. Les convictions politiques, philosophiques et religieuses ? Au nom de ces trois grâces de la bienpensance, on peut interdire absolument toutes les pubs, sans aucune exception. Sauf que je cherche vainement ce que l’humour a à voir avec les convictions, etc. Il aurait fallu, en ce nom-là, interdire tous les chansonniers, qui pourtant il y a un demi-siècle passaient sur la Radio nationale, et jamais plus on ne diffusera de spectacles de Coluche, c’est tout vu, c’est tout entendu. Rappel pour le directeur de la rectitude publicitaire : il ignore selon toute apparence que l’humour, même mauvais, est une forme de transgression, et que sans elle on ne rit pas. A l’entendre lui, avec ses excuses infâmes, on pleure !

Troisième histoire. Un tribunal a interdit la continuation de l’exposition Our Body, au nom du respect que l’on doit aux cadavres. Certains trouveront en effet macabre que l’on expose ainsi des cadavres de vrais humains conservés dans une résine synthétique. Tout comme d’aucuns trouveront macabre encore que certaines, parmi ces dépouilles, soient disséquées. Soit, mais voilà que deux associations de défense des droits humains réussissent à faire interdire cette expo. Tous les carabins du monde voient cela tous les jours, mais le grand public, nada, verboten ! Valeureuse entreprise de vertu contre une exposition que trente millions de personnes ont vue dans le monde entier. Interdire, tout simplement. Cela nous ramène à l’époque ou notre Sainte Mère l’Église, catholique, apostolique et romaine interdisait la dissection des cadavres, au nom de ce qu’un cadavre disséqué ne pourrait pas ressusciter entier le jour du Jugement dernier. Des siècles de retard pour la médecine, des centaines de milliers de morts par ordonnance papale d’ignorance. Au nom du jugement dernier…

Interdire ! Ils ne connaissent plus que cela nos censeurs vertueux. Ils appartiennent à la génération qui prétendait interdire d’interdire, la mienne aussi. Comme le faisaient leurs parents. Au nom de la religion souvent. De nos jours aussi, on interdit à tour de bras, également au nom de la religion, cette religion laïque du bien penser, au nom de ce que tous ces censeurs prétendent nous imposer leurs normes consensuelles, gluantes et répugnantes.

Je ne sais pas, vous, mais moi je suis furieux du tour que prend ce monde de moralistes à la petite semaine, de zélateurs d’une vertu sociale dégoulinante pratiquée par des faux culs repoussants de se parer de manière aussi ignominieuse de bonnes pensées et de vertu affectée. Cela me révolte. Ce qui me révolte encore plus, c’est le silence dans lequel cela se passe. Pour ne pas avoir d’ennuis, pour ne pas être montré du doigt, accusé de sorcellerie, pour ne pas être zemmourisé, il faut se taire, se dire que cela finira bien un jour, que les enfants des soixante-huitards les pousseront dehors, leurs parents, à grands coup de pieds dans le cul. Il est grand temps, ils ne méritent pas mieux. Car trahir ses idéaux, au nom d’une pieuse morale, même laïque et républicaine, restera toujours la pire des trahisons…