Mardi 24 novembre, Le Perreux sur Marne (94) :

Le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, annonce en présence du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux qu’on va attaquer les délinquants au porte-monnaie. Il donne l’exemple de jeunes qui ne travaillent pas et qui, pourtant, roulent dans de grosses cylindrées. Al Capone est tombé pour fraude fiscale, nous rappelle t-il à juste titre. Les signes extérieurs de richesse devraient pouvoir interpeller la Police qui se voit adjoindre 50 agents du fisc afin de mener à bien cette mission. Cinquante ? Rassurez-moi ! C’est juste pour le Val de Marne ? Non, c’est pour la France entière. A pleurer.

Impression de déjà vu ? De déjà entendu ? Je vous aide.

Mai 2002, Ministère de l’Intérieur, Paris (75) :

Le ministre, Nicolas Sarkozy, tout auréolé de son nouveau titre, annonce la création des GIR1 (Groupe d’Intervention Régional). Il s’agit d’associer au sein d’un même service les compétences complémentaires de policiers, de gendarmes et de fonctionnaires issus de différents ministères impliqués dans la défense de la sécurité intérieure, parmi lesquels des douaniers, des agents du fisc (tiens, tiens…), de l’URSAFF, du ministère du travail et de la Répression des fraudes. La référence à Al Capone est déjà dans la bouche du ministre.

Je me souviens qu’à l’époque, je travaillais et résidais dans une cité HLM de l’agglomération de Montbéliard. L’idée -nous en discutions entre collègues ou habitants- nous séduisait d’autant plus que nous n’avions qu’à lever le nez pour constater, effectivement, que de jeunes blanc-becs paradaient aux volants de bagnoles, des BMW la plupart du temps2, que nous aurions eu beaucoup de mal à nous offrir avec nos salaires ou traitements. Leurs petits frères, parfois, aimaient provoquer leurs jeunes professeurs en raillant les petites rémunérations (1300 € par mois) et les Peugeot 1063 d’occasion de ces derniers.

Nicolas Sarkozy recycle donc ses vieilles idées aptes à séduire l’électeur, de gauche comme de droite. Encore une fois -on le constate avec le nombre ridicule d’agents du fisc annoncé pour la France entière, il ne donnera pas les moyens en personnels. Le dogme du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux est bien plus important que la politique de sécurité des biens et des personnes4. Mais chuuuut ! Il ne faut pas le répéter. Cela n’arrange personne. Ni, évidemment, lui. Ni Libé qui préfère titrer sur le danger sécuritaire représenté par le Président de la République.

Cette histoire d’Al Capone, que le Président nous ressert encore une fois, avec l’identité nationale dont je vous entretenais la semaine dernière, sur les conseils de Patrick Buisson5, n’est-elle pas la preuve qu’il nous croit dotés d’un cerveau de poisson rouge ? A l’évidence, oui. A t-il raison ? Les Français sont-ils à ce point dépourvus de mémoire ? Si on écoute les reportages consacrés à cette annonce du Perreux, on ne peut que constater que c’est le cas pour quelques journalistes de télé. Pas un pour nous rappeler le précédent des GIR !

Et l’opposition socialiste, qui jurait qu’elle avait tiré un trait sur l’angélisme ? La voit-on jouer son rôle en rafraîchissant les souvenirs des Français ? Que nenni ! Elle préfère appeler à une régularisation massive des sans-papiers. Sur le sujet du travail clandestin, pourtant, on a sous les yeux un autre exemple de sketch joué et rejoué par le Président : le combat contre les employeurs d’immigrés illégaux. Besson nous a servi ce que Nicolas Sarkozy avait déjà annoncé dans l’émission d’Arlette Chabot en 2008. Ne me demandez pas d’être plus précis. Je n’ai pas la mémoire des dates. Mais la charge contre les patrons, je m’en souviens comme si c’était hier. Là aussi, si le gouvernement avait quelque volonté de sévir contre les employeurs de sans-papiers, on le saurait depuis longtemps. La loi prévoit déjà des peines allant jusqu’à cinq ans de prison. Et il suffit de lire Gérard Filoche, un socialiste plus intelligent que Martine Aubry, qui lance “Chiche” au Président de la République. Avec le nombre ridicule d’inspecteurs du travail dont on dispose, il est évident qu’il s’agit d’un effet d’annonce supplémentaire, un écran de fumée sempiternel, spécialité du Maître Sarko et du talentueux élève Ganelon-Besson.

A force de parier sur la mauvaise mémoire des Français et le peu d’intelligence politique du PS, Nicolas Sarkozy, qui croit faire un bon calcul, creuse sa propre tombe. Car il suffit de discuter un peu à la table dominicale, où de se promener un peu sur la Toile, pour s’apercevoir que de moins en moins de gens sont dupes. En martelant insécurité et identité, et en faisant tout le contraire, devinez à qui tout cela profite ?

Blonde ! Bretonne ! Qui parle fort…

Vous avez trouvé ? Vous voyez que, vous aussi, vous avez de la mémoire !

Autant agiter les thèmes favoris du Front National en 2007, en laissant penser qu’on n’avait pas forcément les moyens de sa politique en étant seulement ministre, a fonctionné pour vider le parti de la famille Le Pen d’une partie de ses électeurs. Autant agiter les mêmes aujourd’hui, alors que travailler discrètement eût été davantage payant, s’avèrera totalement contre-productif lors des prochaines échéances électorales. Le boomerang, lorsqu’il est lancé dans un écran de fumée, risque fort de revenir dans la gueule de celui qui l’a si imprudemment lancé.

  1. Lien vers le la page du GIR de Paris
  2. Les trafiquants de drogue ont souvent les mêmes goûts que les jeunes cadres dynamiques en matière automobile
  3. C’était près de Montbéliard, vous disais-je
  4. 3000 postes de policiers supprimés l’an prochain au titre de la RGPP
  5. L’analyseur de sondages le plus cher du monde. Que dis-je ? De la Galaxie !