Alain Duhamel s’est prononcé hier pour le vote obligatoire. Même si je dois fâcher certains de mes amis de DLR qui se battent avec courage contre l’abstention et qui ont entrepris des actions de net-militantisme en faveur du même projet1, cette idée m’est absolument insupportable.

Je n’arrive pas à en vouloir à ceux qui, devant le spectacle consternant de la campagne des élections régionales, préfèrent faire autre chose que se rendre dans un bureau de vote.

Je n’arrive pas à en vouloir à ceux qui, alors qu’ils avaient voté NON au traité constitutionnel européen et après avoir constaté qu’on avait fait passer le même texte par le parlement2 ensuite, ont pensé que Serge Lama n’avait pas forcément raison de chanter qu’on pouvait être à la fois cocu et content. Je l’écris avec d’autant plus d’aise que je ne me suis pas abstenu puisque Debout La République présentait des listes dans toute la France métropolitaine. Encore fallait-il être au courant que cette possibilité existait dans un pays où le service public de télévision est dirigé par Madame Chabot3, laquelle ne parvient pas à cacher son mépris pour ce qu’elle considère comme le menu fretin politique. D’ailleurs, alors que ces listes gaullistes firent cinq fois plus que les instituts de sondage ne leur donnaient trois jours avant, France 2, lors de la soirée électorale, annonça les scores de toutes les formations, sauf celui de DLR. Lutte Ouvrière qui fit moins, eût droit à davantage d’égards.

Je n’arrive pas à en vouloir à ceux qui se sont abstenus au premier tour de l’élection présidentielle -je n’arrive pas à m’en vouloir, donc- alors que le système des parrainages et leur publicité obligatoire les avait privés de leur choix.

Après tout, puisque Duhamel en est à faire ce genre de propositions, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas obliger les électeurs obligatoires de se farcir la veille un débat entre spécialistes- au hasard Alain Minc et Jacques Attali- afin d’éclairer leur choix ? Il l’arbitrerait, bien entendu !

Le plus consternant dans cette histoire, c’est la conclusion de sa chronique :“Troisièmement, et surtout, là où le vote obligatoire existe - il y a plusieurs pays : l’Italie, la Belgique, l’Australie, etc. - on vote nettement plus”. Ah bon ? Parce qu’ils ne votent pas tous ? Malgré l’obligation, il n’y a pas 100 % de participation ? Il y a donc, dans ces pays, des gens qui préfèrent payer une contravention plutôt que de se rendre aux urnes ? Elle doit être certainement aussi passionnante que chez nous, la vie politique outre-quiévrain ou transalpine…

Depuis que cette idée non seulement saugrenue mais odieuse circule, je me suis fait une promesse : si un jour elle rentre dans les faits, je n’irai plus voter et je considérerai l’amende comme un impôt, celui de ma liberté de citoyen, ma liberté d’exprimer une insatisfaction contre le fonctionnement de la vie politique de mon pays. Et c’est quelqu’un qui a donné vingt ans de militantisme politique qui l’écrit. En terme de devoir de citoyen, et de participation au débat démocratique, je crois que j’ai quelques milliers d’heures d’avance sur pas mal de partisans de cette mesure absurde.

Si toutefois Monsieur Duhamel était entendu, je souhaite, au risque de surprendre, que tout cela soit voté avant la fin de cette législature. Afin de me donner le plaisir de donner ici la liste des parlementaires ayant voté à la fois cette loi et le traité de Lisbonne. Ceux là rentreraient vraiment dans l’Histoire.

Pas sûr que cela soit à leur avantage.

  1. Eux ont au moins la décence de réclamer parallèlement la reconnaissance du vote blanc, ce que ne fait pas l’éternel éditorialiste à scouteure.
  2. Depuis cette forfaiture, j’avoue avoir beaucoup de mal à utiliser une majuscule pour ce mot.
  3. Message personnel à Vincent Peillon : j’étais prêt à vous trouver un certain panache jusqu’à la semaine dernière. Tout ça pour ça ? Pitoyable !