Jean-Claude Guillebaud, qui n’est pas connu pour son extrémisme ou son outrance, s’en est étranglé au micro de Radio Canada : “Sarkozy est un voyou.” Les propos qu’a tenus Nicolas Sarkozy dans le salon d’honneur de l’Elysée à l’occasion – quel cynisme ! – de la remise de la légion d’Honneur au Premier ministre du Québec sont ahurissants et on a peine à croire qu’il soit allé jusque là.

Nicolas Sarkozy ne s’est pas contenté de répéter ce qu’il avait déclaré en octobre dernier, que “le monde n’avait pas besoin d’une division de plus”. A l’époque, j’avais fait remarquer qu’il ne s’était pas posé le même cas de conscience en reconnaissant l’indépendance du Kosovo.

Cette fois-ci, il accuse une petite moitié du Peuple québécois d’aspirer au sectarisme, à l’enfermement sur soi et à la détestation de l’autre. Rien de moins. Une accusation de xénophobie qui ne fait guère de bruit en France alors qu’elle fait légitimement scandale au Québec. René Lévesque et Gilles Vigneault, xénophobes ? Alors que les anciens dirigeants de l’UCK qui sont à la tête du Kosovo sont, eux, de valeureux combattants dont l’humanisme transpire par tous les pores, c’est bien connu.

Que Nicolas Sarkozy impose sa rupture diplomatique, qu’il impose sa marque atlantiste, finalement, c’est assez logique. Il fallait tout de même être un peu gogo pour croire que 6 ou 7 mois de campagne guainoïsée allaient effacer les véritables tropismes politiques du personnage. Dès le début, d’ailleurs, il avait tenu à le montrer à tous en nommant Monsieur K. au quai d’Orsay. Mais qu’il se permette d’insulter la moitié des Québécois, et cela en présence de leur Premier ministre, ce n’est guère digne d’un chef d’Etat.

Digne ? Chef d’Etat ? Faut-il encore utiliser ces mots lorsqu’on évoque Nicolas Sarkozy ?